La nouvelle selon laquelle le programme nucléaire iranien est en mesure de fournir à la République islamique une arme nucléaire en six mois démontre que la politique des demi-mesures poursuivie par l'Occident est un échec. Depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des nations occidentales tentent de soumettre des nations étrangères menant des actions ne concordant pas avec leurs objectifs. Les premières n'arrivent fréquemment pas à leurs fins, puisqu'elles ne prennent généralement pas les moyens requis pour y parvenir, autrement dit, elles ont recours à des demi-mesures. Celles-ci peuvent être l'utilisation de sanctions économiques, diplomatiques ou politiques qui n'arrivent jamais à leurs fins et qui, la plupart du temps, renforcent la volonté du pouvoir en place et son soutien au sein de la population. Des décennies d'embargo économique à l'encontre de Cuba et l'isolement diplomatique et commercial de la Corée du Nord ou de l'Irak de Saddam Hussein sont des exemples de demi-mesures pacifiques n'ayant jamais conduit à la mise en place de régimes favorables aux intérêts occidentaux. Des demi-mesures plus hostiles n'ont jamais apporté davantage de résultats ; par exemple, la tentative timide et bâclée de renversement du régime castriste amorcé lors du débarquement de la baie des Cochons, l'invasion avortée de l'Irak lors de la guerre du Golfe ou le bombardement de camps d'entraînement d'Al-Qaeda sous la présidence de Clinton.
L'échec le plus récent concerne sans conteste la Corée du Nord. Malgré des années d'embargo économique, d'isolement diplomatique, de pressions de la part de ses bailleurs de fonds russes et chinois et de multiples menaces d'interventions militaires, Kim Jong-Il et son régime n'ont pas hésité à développer l'arme nucléaire et les vecteurs nécessaires à son utilisation, puis à les essayer à de multiples reprises. Il appert évident que l'Iran constituera le prochain échec à ajouter à cette longue liste, la théocratie des mollahs étant déjà depuis des années la cible d'une diète similaire à celle destinée à la dynastie communiste des Kim, ce qui ne l'a pas empêché de procéder déjà à de nombreux essais de missiles et de poursuivre son développement de l'arme atomique.
Ces politiques des demi-mesures, qui échouent toujours, ressemblent fortement à la politique de l'Appeasement championnée par Neville Chamberlain et Édouard Daladier. Alors qu'elle devait offrir à l'Europe "la paix pour notre temps", cette politique a conduit à la Seconde Guerre mondiale et favorisée ceux qui seraient les adversaires des Alliés, les forces de l'Axe. L'Appeasement a nui tout autant à ceux qui voulaient en découdre avec l'Allemagne - tels que Winston Churchill ou Charles de Gaulle, en les empêchant d'agir en 1939 ou avant, lorsqu'une victoire alliée eût été relativement rapide et facile à obtenir - qu'à ceux qui souhaitaient collaborer avec elle (avec le relativement honorable objectif de préserver l'Empire britannique par-delà les mers en échange d'une carte blanche en Europe pour l'Axe) - par exemple Oswald Mosley ou Lord Halifax, en les mettant en position défavorable face aux Nazis. Dans un cas comme dans l'autre, mais contrairement à ce qui est arrivé en adoptant l'Appeasement, le communisme aurait connu une croissance beaucoup plus faible et difficile et aurait été éliminé plus rapidement en Europe. De même, la Shoah aurait probablement été évitée, la sociale-démocratie n'aurait pas connu une telle croissance et l'Empire britannique n'aurait pas amorcé son déclin si tôt, n'eût été de l'adoption de ces politiques de demi-mesures dans les années 1930.
Similairement, les politiques de demi-mesures utilisées actuellement rendent la tâche beaucoup plus difficile à ceux qui doivent ensuite réparer les torts qu'elles ont causés. En effet, il est désormais impossible de faire pression efficacement sur la Corée du Nord pour quelque raison que ce soit, puisque celle-ci n'a plus à craindre l'argument ultime de ses détracteurs, c'est-à-dire une atteinte à sa souveraineté et à son intégrité nationale. Même si elle détient un nombre limité d'armes nucléaires, aucune nation ne se risquera à agir trop durement à l'égard du régime communiste, puisque personne ne souhaite être la cible de cette poignée d'armes de destruction massive. La Corée du Nord est donc désormais libre d'agir à sa guise, y compris de manières contraires aux intérêts Occidentaux. Il en sera de même avec l'Iran si rien n'est fait pour empêcher son développement nucléaire, ce qui requiererait l'abandon des demi-mesures.
Évidemment, l'abandon de ces demi-mesures offre deux possibilités également efficaces. D'une part, une position résolument interventionniste peut être adoptée, à l'image de celles menées par l'Empire britannique et les empires napoléoniens, qui ont permis au Royaume-Uni et à la France de devenir des nations riches, puissantes et respectées. Cette option demanderait de cesser de se cacher derrière un masque hypocrite et d'affirmer clairement que nous agissons uniquement dans notre propre intérêt, ce qui est quelque chose que les Néoconservateurs et l'Administration Bush semblaient déjà afficher. Par contre, les Néoconservateurs et l'Administration Bush n'affichaient pas le revers de la médaille de cette position, c'est-à-dire qu'il faut être prêt à prendre les moyens militaires, politiques et économiques requis lorsqu'une politique impérialiste est adoptée et à en payer le prix et que les responsabilités allant avec la gouverne d'un empire doivent être assumées pleinement. D'autre part, une position résolument isolationniste peut être préférée, telles que celles poursuivies par le Japon de l'époque Edo, qui coupa contact avec les étrangers pendant plusieurs siècles, ou de l'isolationnisme américain, une période pendant laquelle les États-Unis se limitèrent à intervenir à l'étranger uniquement lorsque leurs intérêts étaient réellement menacés. Cette seconde position, par rapport à la première, a l'avantage d'être pacifique et peu coûteuse.
Dans un cas comme dans l'autre, les résultats sont supérieurs à ceux fournis par des demi-mesures. Ces dernières conduisent évidemment à une des deux autres, mais avec davantage de désagréments que si une de ces deux autres options était adoptée dès le départ. Par exemple, à l'égard de l'Iran et de la Corée du Nord, nous pouvons désormais les traiter en égaux, accepter qu'ils aient le droit légitime de posséder l'arme nucléaire comme toutes nations souveraines et cesser de faire pressions sur ces deux pays. Mais cette approche pacifique eût été réalisable dès le début et nous aurait évité des décennies de tensions. D'autre part, nous pouvons également décider de les confronter afin de les forcer à se plier à notre vision du monde et à servir nos intérêts, ce qui ne serait possible qu'en intervenant militairement pour changer de régime, puis en restant plusieurs décennies sur place pour modifier structurellement ces nations. Encore une fois, il aurait été possible et plus facile de procéder de la sorte dès le départ - sans oublier que cela aurait évité l'utilisation de l'arme nucléaire, dans le cas de la Corée, et que les peuples coréen et iranien auraient été plus favorables à une intervention étrangère.
Le statu quo actuel, contribuant à l'accroissement de tensions sans fournir de résultats, est insoutenable. Il est essentiel de mettre fin à l'utilisation des méthodes inefficaces, bien qu'idyllique, prônées par la Gauche et le Centre et revenir à deux courants du mouvement conservateur, l'interventionnisme et l'isolationnisme. Autrement, l'Histoire est condamnée à se répéter douloureusement.